Appia Naevius Prisca, l'Antique

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Appia Naevius Prisca, l'Antique

Message par Appia Naevius Prisca le Mar 28 Nov - 0:12

Appia Naevius Prisca







Qu'as-tu vécu ?

JOURNAL INTIME D'APPIA NAEVIUS PRISCA. SI VOUS LE TROUVEZ MERCI DE ME LE RENDRE ET DE NE PAS LE LIRE.

Cher journal.
Je m'appelle Appia Naevius Prisca, je suis une fille, et je suis née à Aquilée dans l'empire Romain d'Occident. Je t'écris pour te raconter toute mon histoire, enfin ce dont je me souviens, depuis le début jusqu'à maintenant et même ce qui viendra après !

Bien sûr tu n’es pas bête journal, tu te doutes bien que tout ce que j’écris ici je ne te le raconte pas au fur et à mesure: déjà parce que tu n’étais pas né quand tout a commencé (d’ailleurs, est-ce que je peux vraiment considérer que tu es “né” vu que tu es un objet ? Non ? Si ? Oh, on va dire que oui pour te faire plaisir) et ensuite parce que j’aurais vraiment l’air bizarre si j’écrivais mon journal comme ça devant tout le monde ! Tu imagines ?!
Je vais te raconter des choses très bizarres, mais tout est vrai. Certaines sont passées il y a vraiment très longtemps alors je suis désolée si je ne me souviens pas de tout. Je sais que j’aurai du mal à écrire certains passages aussi parce qu’ils me font encore mal quand j’y repense. Comme d'autres sont vraiment très longs alors je te ferai peut-être des résumés aussi.

Histoire que des curieux ne viennent pas lire mon journal intime (presque tout le monde connaît le sens du mot "intime" et pourtant il y a plein de gens qui n'en tiennent pas compte, surtout si ça concerne un enfant ! C'est fou tu ne trouves pas, journal ?) je t’écrirai tout en latin ! D’ailleurs, tu comprends le latin journal, ou bien tu ne parles que l’anglais ? J’espère que tu comprends les deux.

Je suis née en l'an 1176 AUC -ça veut dire après la fondation de Rome-. Ça correspond, si je ne me trompe pas, à l'an 441 après Jésus-Christ. Hum... ça me fait vraiment bizarre dit comme ça !
Mon père était un fonctionnaire, et avec ma mère j'étais leur cinquième enfant: j'ai deux grands frères, et il y en a eu deux autres qui n'ont pas survécu. Après j'ai aussi eu une petite soeur, Valéria. A l'époque on m'appelait Appia Naevius Pulla -pulla: la petite- et pas "Prisca". Je te reparlerai du changement plus tard, mais si j'ai reçu ce cognomen c'était pour me différencier de maman parce que je porte le même prénom qu'elle.

Je ne sais pas trop si tu connais Aquilée comme tu es un journal, mais c'est une grosse ville du nord de l'Italie. "C'était" une grosse ville plutôt, parce que d'après ce que j'en sais maintenant elle a beaucoup rapetissé. C'est dommage ! Moi quand j'y habitais c'était vraiment un chouette endroit: les maisons étaient vraiment hautes, claires et très belles, il faisait souvent très beau, et il y avait plein d'endroits où aller jouer ! On voyait toujours plein de gens dans les rues, de marchands et d'étrangers dans le port... En tout cas, c'était clairement la plus belle ville du monde !
Oui, bon, je sais journal, à l'époque je n'étais jamais sortie d'Aquilée pour voir d'autres villes alors je n'ai pas trop de moyens de comparer. Peut-être qu'il y en avait une ou deux autres qui étaient mieux. Rome et Byzance peut-être. Mais Aquilée c'est quand même ma préférée ! Et puis tu verrais les villes qu'ils font maintenant...

[...]


Ici s'ensuit une longue dissertation sur l'enfance d'Appia, sa vie en tant que jeune romaine de la fin de l'antiquité, ses jeux, sa vie de famille... Un récit plein de détails qui ferait peut-être le bonheur des historiens mais qui alourdirait beaucoup le récit, aussi allons-nous sauter quelques pages pour aller à l'essentiel. En résumé, Appia était issue d'une famille de classe moyenne où, sans être riches, on mangeait à sa faim. Tous les jours son père partait travailler -puis plus tard ses frères aussi-, tandis que sa sœur et elle aidaient leur mère à la maison où elle leur apprenait tout ce qui fallait savoir pour être de bonnes jeunes filles respectables ! Régulièrement elle suivait des cours auprès d'un maître d'école de quartier avec d'autres enfants de son âge, et le reste du temps elle jouait à la maison et aux alentours.

Cette première ellipse nous conduit à l'année de ses onze ans, en l'an 452, date marquante pour Appia mais aussi pour l'histoire de Rome, ce qui n'est jamais bon signe !


[...]

Ça faisait longtemps qu'on entendait parler des horribles Huns. Je t'en ai déjà un peu parlé journal quand je t'ai raconté la fête qui a eu lieu pour le triomphe du général Aetius. Je l'ai vu en vrai tu sais !!! C'est un secret alors ne le répète pas, mais je crois que j'en suis un peu amoureuse... Ah, je te l'ai déjà dit ? C'est ça, dis aussi que je radote !!!

On m'a dit plein de choses sur les barbares. Je n'en ai jamais vu en vrai mais Tertius lui, si et il nous a raconté. Ce sont des méchants barbares païens qui viennent tout brûler, tuer et piller. Ce sont des méchants avec des fourrures et des chevaux, de grosses têtes aplaties, un petit corps trapu et des visages mauvais. Tertius m'a aussi dit qu'ils passaient tellement de temps à cheval qu'ils ne savaient plus marcher avec leurs jambes !

Avant on se croyait en sécurité à Aquilée. Les Huns attaquaient plutôt l’orient, la Gaule et... bah... des régions très loin, tu vois ? Et puis nous on avait nos murailles ! Je t'ai déjà parlé des murailles ? Oui ? Deux fois ? Bon, tant pis.
A un moment il a commencé à y avoir des rumeurs, comme quoi les Huns allaient attaquer l'Italie et qu'ils voulaient brûler Rome. Au début on y croyait pas trop, et puis papa m'avait dit qu'il ne fallait pas croire tous les racontars qu'on entendait. Pourtant ils sont venus ! Ils ont pillé d'autres villes avant nous, et quand ils sont arrivés devant Aquilée ils ont fait le siège. Ça a été long, et vraiment terrible. Je ne sais pas si tu imagines journal, on avait peur, vraiment très peur ! On savait qu'ils étaient plein, beaucoup plus que nos soldats ! En plus on devait économiser la nourriture donc on avait tout le temps faim, on avait plus le droit de sortir seules dans la rue, et même s'ils essayaient de me rassurer je sais bien que papa et maman avaient peur eux aussi. On guettait tous les bruits inhabituels, terrifiés à l'idée que ce soient les huns qui entrent dans la ville. On espérait très fort que le général vienne avec son armée nous sauver, mais on avait aucune nouvelle de l'extérieur.

[...]

Quand ils ont fini par abattre les murailles et entrer dans la ville, on a pas tout de suite compris ce qui se passait. On était tous dans la maison quand on a entendu comme un gros bruit au loin ; puis un autre bruit, comme si plein de gens criaient en même temps ! Et puis on a senti le feu, et on a vu les gens qui couraient ! Alors papa nous a dit de prendre nos manteaux et de sortir de la maison !
Dehors c'était horrible: il y avait plein de gens qui couraient dans tous les sens comme s'ils étaient fous ! Des objets abandonnés par les gens traînaient par terre, et puis on voyait au loin d'énormes flammes qui avaient l'air de tout brûler ! J'ai complètement paniqué tu sais ! Je suis courageuse normalement, mais là... là... je ne savais pas quoi faire: les mauvais cavaliers allaient arriver et tout nous couper la tête ! Ou nous brûler !!
C'est quand maman qui m'a calmée. Elle m'a dit que je devais veiller sur Valéria, que je devais la protéger ; alors j'ai essayé d'être courageuse devant elle.

Papa et maman nous ont emmenées à l'église où il y avait déjà beaucoup de monde, mais où on serait protégée: les barbares ne pourraient pas y entrer de peur d'être maudits !!
Valéria et moi, on a été emmenées avec les autres enfants dans la crypte, sous l'église. On nous a dit de nous cacher et de ne surtout pas faire de bruit, alors Valéria et moi on a trouvé la meilleure des cachettes: on est rentrées dans la cuve de pierre qui sert à faire les baptêmes et on a refermé le gros couvercle de bronze par-dessus ! Valéria avait encore plus peur que moi alors on s'est blotties l'une contre l'autre, et on a attendu dans le noir.

Au dehors on ne pouvait plus savoir ce qui se passait. On entendait plein d'enfants qui faisaient du bruit ou qui pleuraient, et c'était idiot parce qu'on risquait de tous se faire voir à cause d'eux ! Comme on ne pouvait rien faire d'autre on a prié et on a attendu.


[...]

Ce que je vais te raconter maintenant journal, je ne l'ai appris que beaucoup beaucoup plus tard. J'étais présente mais je n'ai rien vu, parce que j'étais cachée tu vois ? Donc c'est quelque chose que j'ai lu, mais je pense que c'est la vérité.

Ce que ma petite soeur et moi on ne savait pas, c'est que le chef des barbares avait ordonné à ses hommes de raser entièrement la ville pour nous punir de lui avoir résisté si longtemps, et pour que le reste de l'empire ait peur de lui ! Dans notre cuve, on a réalisé que quelque chose n'allait pas que lorsqu'on a entendu tous les cris au-dessus de nous ! Au début on a cru que les barbares étaient entrés, et puis on a entendu le grondement sourd des flammes. J'avais tellement peur que je ne sentais plus mon corps, je n'arrivais même plus à bouger ! J'ai serré Valéria comme j'ai pu, et alors il y a eu un énorme bruit, le plus gros que j'ai jamais entendu ! Ça a résonné tellement fort que j'ai cru que j'étais devenue sourde après !!

Comme on entendait plus rien, qu'on avait peur et qu’on voulait sortir, Valéria et moi on a essayé d'ouvrir le couvercle de notre cachette. Mais on avait beau pousser il ne bougeait pas du tout !! C'est là que j'ai compris que l'incendie avait dû faire s'effondrer l'église, et que le gros bruit c'était tout le bâtiment qui s'effondrait sur nous !

Pendant très longtemps on a tenté de soulever le couvercle de bronze, en vain. On a crié tant qu'on a pu, on a pleuré, on a appelé à l'aide, mais personne n'a répondu... Personne n'est venu à notre secours. On était toutes seules dans une ville où il ne restait plus que des cadavres et des ruines en flammes... toutes seules enfouies sous des tonnes de pierres. Tu imagines ce que c'est journal ? Enfermée dans un tout petit endroit, sans pouvoir bouger, sans même pouvoir s'étendre complètement ?! Enfermées, sans que personne ne sache où on était !!! Et maman et papa ? Et les autres ?! Est-ce que les autres enfants autour étaient morts ? C'était horrible de penser ça !!!

On a commencé à avoir soif, et puis à avoir faim ; on avait du mal à respirer aussi. J'entendais Valéria qui toussait de plus en plus et qui gémissait, et je ne savais même pas quoi lui dire vu que j'étais comme elle. On était toujours enlacées l'une contre l'autre et on avait plus qu'à attendre, désespérées, que la mort vienne nous chercher. La mort. La mort la mort la mort la mort la mort la mort la mort la mort la mort la mort la mort la mort la mort la mort la mort.
Je me souviens très bien de l'état de panique et de désespoir dans lequel j'étais. Je repensais à tous les morts que j'avais déjà vus, au squelette, et je me disais que j'allais finir comme eux. Je savais que j'allais finir comme ça !!! C'est à ce moment que je me suis dit que s'il y avait un moyen, n'importe lequel, pour échapper à mon destin, je m'en saisirais quel qu'en soit le prix ! Je ne l'aurais sans doute pas fait si j'avais su à quoi m'attendre, mais j'étais petite, terrifiée, désespérée, et j'avais tellement peur de mourir... !

[...]

Lorsque je suis revenue à moi, tout était calme et silencieux. Je ne sais pas combien de temps j'ai tenu avant de m'évanouir, et je n'avais aucune idée du temps que j'avais passé allongée comme ça. Quelques minutes seulement ? Ou plusieurs heures ? Valéria était toujours enlacée contre moi, mais elle ne toussait plus et ne bougeait plus. J'avais toujours du mal à respirer, et j'avais mal partout. J'avais toujours peur ici. Après quelques minutes, je crois que j'ai recommencé à divaguer.

[...]

Même quand je me concentre, j'ai du mal à me souvenir de ce à quoi je pensais exactement. Je dont je me souviens parfaitement en revanche, c'est le noir, toujours. Le silence, encore. Et Valeria, serrée contre moi, qui devenait de plus en plus raide et froide. Quand je n'étais n'était pas réveillée je faisais des rêves, ou alors j'arrêtais de penser et je me laissais porter, porter.... Je pensais à ma famille, mes amis, à ma maison, à ce que je devais faire demain, sauf qu'ensuite je me souvenais que demain était déjà passé, et que tout ce que je connaissais avait été brûlé ! Alors je voulais sortir, et j'avais envie de me débattre mais je n'arrivais même pas à bouger !! C'était comme... comme si on essayait de me recouvrir pour m'étouffer. Sauf que ça c'était la réalité !
Et puis je ne sais pas... j'oubliais... j'attendais seulement. Parfois, lorsque ça durait vraiment longtemps, je rêvais aussi à des choses que je ne connaissais pas: le monde, les mers et les forêts lointaines...

[...]

J'étais surement morte, pourtant je crois bien que je ne l'étais pas. Et j'attendais, j'attendais... je crois que les moments les plus horribles c'est quand j'avais parfaitement consciente d'être vivante et enfermée sous terre, et de savoir que j'étais sensée être morte !!
J'ai fini par oublier ce que je faisais là. Cela semblait être une éternité... Sur ce point-là d'ailleurs je ne me trompais pas vraiment. Et puis qui étais-je, au fait ? C'était sans importance puisque j'étais convaincue de rêver. C'étaient mes rêves la véritable réalité, tandis que ces interminables heures passées enfermée dans la boîte de pierre froide n'étaient qu'un cauchemar. La vraie vie c'était le reste: les montagnes, les couleurs, le ciel que je croyais rêver ! Et cette horrible poupée froide, racornie, que je serrais dans mes bras, à mon réveil je me rendrais bien compte que c'était juste ma vieille poupée de chiffons !
Oui, c'était ça, sûrement. Il fallait y croire !

[...]

Tandis que j'ai continué à divaguer dans cette cachette qui était devenue mon tombeau, le monde a continué de vivre et l'histoire d'avancer. Parfois je me demande si tout ça n'est pas qu'un mauvais rêve, un cauchemar hérité d'un moment de ma vie où j'ai été très malade. Pourtant je les revois dès que je ferme les yeux: les flammes de ma ville qui se consume, le toucher froid de la cuve, le cadavre de ma petite soeur adorée contre moi, et les ténèbres de l'oubli que je ne veux plus jamais revivre !!!

Pour continuer mon histoire, journal, je dois te parler de Padre Roberto. Je sais que c'est moi l'héroïne normalement, mais là le récit va tourner autour de lui pendant au moins un ou deux paragraphes. La raison est simple: à ce moment la je n'étais pas en état d'assister directement aux événements dont je vais te parler, même s'ils me concernent. Padre Roberto c'est un prêtre Italien (on ne dit plus Romain vu que l'empire n'existe plus au XXIème siècle, à l'époque où il vit). Il est très vieux: il a les cheveux et la barbe blancs, et il a au moins soixante-dix ans ! A moi il me paraît grand, mais je sais que je ne suis pas très objective pour ces choses-là comme je suis petite. Il a l'air très gentil et malicieux, et il l'est en vérité ! La raison qui l'a amené à moi va peut-être te paraître toute bête.
Bon déjà tu te souviens, je t'ai dit qu'au XXIème siècle Aquilée était beaucoup plus petite qu'à mon époque. Il n'y avait plus autant d'églises et de maisons, mais il restait quand même des bâtiments anciens. L'église par exemple, était un vieux bâtiment construit sur les ruines d'une ancienne église, elle-même construite sur les fondations d'une église encore plus ancienne. Comme elle commençait aussi à être vieille et abîmée et que le sol menaçait de s'effondrer, le Padre avait dû faire commencer des travaux de réaménagement des sous-sols. C'est comme ça qu'après quelques jours de travaux les ouvriers ont découvert en creusant dans le sol de nombreux squelettes et une très vieille cuve baptismale presque intacte.

Apparemment, les gens n'ont pas le droit de construire ou de creuser dans les bâtiments d'autrefois sans que d'abord des spécialistes de tout ça (des archéologues) ne viennent les voir et récupèrent ce qu'ils peuvent. Je trouve que c'est bien ça journal parce que c'est nul de tout casser ! Déjà, moi, si j'avais pu j'aurai bien récupéré ma maison d'avant !

C'est en attendant ces gens chargés de... faire des trucs d'archéologues que Padre Roberto a senti qu'il y avait quelque chose de bizarre dans ces ruines d'un autre âge que le chantier venait d'exhumer. Il aimait beaucoup les admirer et pourtant, lorsqu'il était tout seul, il ressentait parfois un drôle de malaise: c'était comme si, depuis une cachette, un petit animal l'observait. Et pourtant il était seul, il le savait !
C'est par hasard, poussé par la curiosité, qu'il a fini par ouvrir le couvercle de la cuve de pierre et qu'il m'a trouvée. De ce qu'il m'en a raconté plus tard il n'avait jamais éprouvé un tel choc de toute sa vie ! Il y avait là une enfant, très maigre, sale, vêtue de haillons et blottie contre un tout petit... un... un cadavre momifié par le temps.
Oui oui journal, cette fille c'était moi... et le... non, rien. De mon côté, même si mon esprit était encore très loin -je ne me souviens absolument pas de ce moment-, mon corps reprenait vie. Lorsque le Padre m'a sorti de ma tombe je ne lui ai même pas accordé un regard paraît-il, me contentant de respirer avidement l'air qui m'avait manqué si longtemps.

[...]

Lorsque j'ai réalisé que je n'étais plus sous terre mais... ailleurs, je n'étais déjà plus à Aquilée chez le Padre mais à Milan, dans un hôpital pour les enfants. Personne n'était capable d'expliquer ce que je faisais ici, ni d'où venait cette petite fille dont personne ne connaissait l'existence. J'aurai été bien en peine de leur répondre puisque d'une part je ne comprenais pas l'italien qu'ils parlaient, et d'autre part j'étais un véritable zombi. Je ne parlais pas, ne bougeait pas, ne mangeait pas. Je n'arrivais pas à penser, à comprendre, à savoir si j'étais morte ou vivante, au paradis ou dans le monde réel.

Je suis restée plus d'un an à l'hôpital de Milan, et il m’a fallu des mois pour émerger de ma torpeur. Je pense que je ne comprenais tellement pas ce qui m’arrivait ni ce que je voyais que je continuais à vivre comme je le faisais lorsque j’étais enterrée. Je ne me rappelle pas vraiment de cette période en fait.
Ce qui m’a fait revenir à la réalité je crois, c’est un souvenir. J’étais dans mon lit à divaguer, branchée avec mes tuyaux de partout, quand je me suis mise à penser à maman, à papa, à mes frères, à ma soeur, et à la maison. Et puis tout est revenu d’un coup !!! Ma famille, ma vie d’avant, les barbares, la fuite, ma cachette dans l'église avec ma sœur... ma sœur, ma sœur, ma sœur, ma sœur, l'horrible poupée racornie qui était en fait ma sœur, ma sœur, ma sœur !! Et puis... le noir… le noir tout le temps… et tout ça c’était pour de vrai !!!!

Je me suis sentie sale, détestable, et horriblement souillée. Et je ne comprenais pas: si je n’étais pas morte, ou étais-je ? Chez les Huns ? Non, certainement pas.
Peu à peu, j’ai fini par me familiariser un peu avec ce nouveau monde. Régulièrement, un vieux monsieur très gentil venait me voir -le Padre Roberto-, mais aussi plein de gens qui le lavaient, me soignaient, me parlaient, remplaçaient les tuyaux… Ce n'est qu'au bout de plusieurs semaines passées à les écouter que j’ai fini par les comprendre et enfin à communiquer avec eux. Mais même après j’ai mis plusieurs mois avant de retrouver l'usage de mon corps.

Personne n’avait l’air de savoir qui j’étais, mais tout le monde était très gentil avec moi. Ils m’abritaient, me nourrissaient, m’apprenaient à parler leur langue… ça me suffisait pour le moment. De son côté la police a fini par conclure que j'étais une enfant battue et un peu handicapée mentalement, qui après s'être enfuie de chez elle s'était cachée dans le site des fouilles pendant que personne ne la voyait. Même une fois sortie de mon mutisme, je me suis bien gardée de les détromper.

Et l'usage de ma tête ? Comment... tu entends quoi par là journal ? Que je suis folle ? Ah ça non ! Non ?! Quoi alors ? Ah, tu me demandes comment j’ai fait pour l’accepter c'est ça, journal ?

Bah tu vois, j'avais visiblement une maladie bizarre que même les gens en blanc ne comprenaient pas. J’ai vite réalisé que je n’avais presque pas besoin de manger ou de dormir. Mes blessures ne guérissent plus, et pourtant ça ne me tuait pas. Et puis, à force d’écouter les gens et d’essayer de comprendre l’endroit ou j’étais arrivée, j’ai fini par réaliser que je n'avais pas bougé. J'étais toujours en Italie, au même endroit, mais que des siècles s’étaient écoulés depuis que j‘avais été enterrée sous l’église !!
Je n'ai pas voulu y croire, mais c'était là. Dis moi journal, comment est-ce que je peux accepter que je ressemble à la moi d’avant, mais que je suis en même temps très très vieille ? Je suis une enfant, je ressemble à une enfant et ils me traitent comme si j'en étais une, mais en même temps je sais que je suis beaucoup beaucoup beaucoup plus âgée qu'eux ! Et puis je ne comprends rien à ce monde, je ne l’aime pas ! Tout ce que je veux c’est rentrer chez moi !
Ce n’est pas… normal, ce qui m’arrive. Ce n’est pas… possible. Je ne suis pas immortelle c’est juste… une erreur. Je… n’ai pas voulu ça. Je veux juste être chez moi avec papa et maman, oublier tout ça… leur raconter et puis oublier...

C’est comme ça que j’ai véritablement compris l'existence de mon “pouvoir” et sa malédiction. C’est comme ça que j’ai enfin compris qui j’étais: j’avais été Appia Naevius Pulla, Appia Naevius la Petite, née à une autre époque, et je... n'étais pas morte. Mon corps avait survécu sans manger, sans boire, sans respirer… comme un caillou enfoui sous la terre pendant des siècles tandis que le monde continuait à vivre et à mourir au-dessus de moi. Et tandis que je vivais l‘horreur, les époques s'étaient succédées !
Mais j’avais survécu. Peu importe comment, peu importe pourquoi, je suis devenue Appia Naevius Prisca, Appia Naevius l'Ancienne, celle qui est à la fois la plus jeune et la plus âgée. Et je compte bien découvrir ce drôle nouveau monde ou l'ironie du destin m'a conduite !

[...]

Même si je ne voulais pas l'accepter, ni m'intégrer dans cet univers où il était hors de question que je vive, j'ai fait ce qu'on me disait. J'ai commencé à apprendre ce qu'on voulait que j'apprenne, à faire ce qu'on me disait de faire. C’est à ce moment que j’ai reçu la drôle de lettre d’une école à l'autre bout du monde, en Angleterre, une certaine “Académie Tsuki”. Tu imagines journal que j’étais drôlement étonnée, surtout que je pensais que personne à part moi et les gens de la clinique ne savait que j'existais à cette époque ! La lettre m’a tout de suite donné envie: elle parlait de personnes comme moi, avec qui je pourrais être. "Comme moi", est-ce que cela voulait dire… d’autres immortels ? D’autres naufragés du temps ?

Tout comme je n’ai parlé à personne de mon étrange capacité ou de mes origines, je n’ai pas parlé de la lettre aux gens qui s'occupaient de moi. Mais en secret, j’ai commencé à préparer mon départ pour l’Angleterre ! A force de suivre des cours et d’apprendre, de lire des livres, et de poser des questions, j’avais pu commencer à connaître un peu le monde du XXIème siècle sans trop éveiller les soupçons. Même si tout était vraiment compliqué, de mon côté je me sentais plus grande qu’avant, plus mûre: après tout j’étais une adulte si j’en croyais mon âge !
A l’aide de cartes et de plans, j’ai soigneusement établi un itinéraire, gare après gare, jusqu’à ma destination. J’ai été obligée de voler un peu d’argent puisque je n’en avais pas à moi, et enfin je me suis enfuie ! Pour ne pas risquer d'être poursuivie dans mon voyage vers l'Angleterre j’ai laissé dans ma chambre une lettre dans laquelle je leur expliquais que j’avais retrouvé la mémoire et que je voulais retourner dans mon pays natal, la"Rep.Tchèque". Mais bien sûr que c’est un mensonge, journal ! Tu es bête ! Je n'ai jamais mis les pieds dans ce pays et je ne sais même pas à quoi ressemblaient les "Reptchèquois" ! Mais je pense quand même qu’ils ressemblent à des humains comme les Italiens. Comme sur la carte ce pays est très loin de l'Angleterre je leur ai dit que j’allais là-bas uniquement pour brouiller les pistes ! Hahaha !

[...]

Les pages qui suivent semblent plus anciennes d’aspect, et ont vraisemblablement été les premières rédigées dans le journal d’Appia.

Cher journal.
Autrefois, cela m'aurait semblé idiot de raconter des choses à un tas de feuilles papier en faisant semblant de lui parler comme si c’était une vraie personne. Ce qui m'a fait changer d'avis, c'est que je me rends compte que ma mémoire à propos des événements lointains est assez floue et souvent pas très précise. Alors comme ça peut-être que si je les note je me rappellerai de certaines choses et que je n’oublierai pas les autres. Et puis cela m'occupera pendant le long voyage en train qui me mène vers l'Angleterre !

Je suis partie de Milan tôt ce matin. Pendant le trajet je me suis assise à côté d'une vieille dame. Nous avons beaucoup discuté -enfin surtout elle, tout bien réfléchi-, et moi j'ai fait exprès de beaucoup me montrer avec elle. Autrement, les gens se seraient surement inquiétés de voir voyager une enfant toute seule alors que là ils croient que je suis sa petite-fille !
Comme le trajet a duré très longtemps, j'ai eu beaucoup de temps pour m’entrainer à apprendre l’anglais avec le livre que j'ai emporté. Pour la théorie en tout cas, car je n'ai encore jamais parlé à un vrai Anglais de ma vie. Je me demande comment ils seront.

Je suis arrivée dans le pays "La France", dans une très grande ville dont j'ai oublié le nom. Je suis seulement restée dans la gare et elle était immense, mais j'ai trouvé la ville plutôt moche. Par contre j'ai pu monter sur des escaliers qui avancent tout seuls, et ça c'était vraiment bien !!
J'ai eu beaucoup de mal à trouver mon chemin surtout que je ne comprends pas du tout leur langue et que je n'ai trouvé personne qui parlait l'italien, mais j'en ai profité pour m'entraîner à demander mon chemin en Anglais ! Ça n'a pas très bien marché mais j'ai réussi quand même.

C'était très cher, mais j'ai dû acheter deux billets en faisant croire à la dame qui les vendait que je voyageais avec ma grand-mère qui ne parle que l'italien. Ça ne me plaît pas de mentir aussi souvent mais sans ça je crois que la vendeuse se serait inquiétée de me voir toute seule ! C'est fou de voir à quel point les gens se mêlent des affaires des enfants des autres, ce n'était pas comme ça chez moi ! Ils ne pourraient pas plutôt s’occuper de ce qui les regarde, un peu ?! Plus j'y pense, plus je me dis que ce serait quand même chouette de pouvoir ressembler à une adulte. Maintenant je me demande comment je vais faire pour payer la suite du voyage, mais on verra bien. Comme mon train ne part pas tout de suite, j'ai le temps d'écrire la suite de mon histoire !

[...]

Cher journal,
J'ai eu quelques ennuis pendant le voyage. Déjà, j'ai bien fait d'acheter deux billets: quand le monsieur et la dame qui les vérifient sont passés, je leur ai dit que ma grand-mère était aux toilettes et ils m'ont crue ! Mais oui journal, c’est un mensonge ! La vieille dame qui était avec moi à Milan a pris un autre train, elle n’allait pas dans la France ni dans l’Angleterre.
Quand même, c'est fou ce que l'on peut faire croire à un adulte simplement avec un grand sourire ! Par contre je crois qu'après plusieurs heures, les gens ont commencé à se poser des questions. Et le pire, c'est quand le train est entré dans l'espèce de tunnel interminable ! Ça a duré des heures et j'ai eu vraiment peur !! J'ai cru que j'allais rester toute ma vie dedans !!! Je me suis cachée dans un coin du train, car les autres personnes me regardaient bizarrement. Je regrette de ne pas pouvoir ressembler à une grande de temps en temps, au moins pour pouvoir voyager tranquille !

Finalement je suis arrivée en Angleterre ! Mais je ne m'attendais pas à ce qu'il fasse aussi froid ! J'aurais dû prendre un autre manteau.
J'ai un autre problème: les gens ici n'utilisent pas le même argent qu'en Italie ! Mais de toute façon je n'en ai presque plus.
Je suis dans la ville "Londres": c'est aussi grand et aussi gris et moche que "La France". La lettre que j'ai reçue dit que je dois me rendre dans le sud-ouest du pays, dans la ville de..."Thou-Hills". Mais j'ai eu du mal à trouver car personne ne comprend quand je prononce ce nom ! Et ils me disent tous "Ouai-rri-riour-pairents". Je ne comprends rien !!
Tant pis, je vais prendre le train sans payer.

Il n’y avait pas de train pour aller à l’Académie Tsuki, alors je suis monté dans une espèce de train plus petit. Ou de grosse voiture. Je n‘aime pas les voitures, et j’ai détesté celle-la !! J’ai vomi plusieurs fois sur le fauteuil, ça n’a pas trop plus aux gens je crois… Par contre maintenant je connais bien le mot pour dire “désolée” en anglais !

[...]



La suite, qui s’étend sur de très très nombreuses pages, décrit en détail quasiment chaque jour de la vie de la Romaine à Tsuki depuis son arrivée grelottant de froid, ne possédant ni papiers d'identité, ni même les vêtements qu'elle portait sur elle -qui étaient volés, comme le petit sac contenant ses maigres effets-, puis sa découverte de ce lieu extraordinaire, son acclimatation, sa vie d’élève… Appia ayant cette manie de tout rapporter dans les moindres détails, jusqu’au plus insignifiant des cours, il convient de trier les données intéressantes.

Malgré quelques sévères déconvenues -entre autres la découverte de déviance et de l'agence- et son sentiment de trahison lorsque le directeur la livra aux mains de cette dernière pour leurs expériences, le séjour d'Appia à Tsuki aura été globalement très positif. Malgré ses réticences à s'intégrer dans une époque où elle se considère comme étrangère, la petite Romaine est toujours émerveillée devant les merveilles de la technologie et du confort moderne, et sincèrement heureuse des rencontres et amitiés qu'elle a pu nouer.

Mais surtout, Appia a pu développer une obsession pour le directeur et son pouvoir de remonter dans le temps. Un pouvoir... qui lui permettrait de retourner à son époque ??!!!


[...]

Cher journal,
Ça fait longtemps que je pense à un truc, et il faut que je te raconte.
A Tsuki ils nous disent qu’il faut garder les pouvoirs secrets. C’est facile à dire pour des gens qui ont un pouvoir dont ils ont le contrôle, mais ils ont pensé aux filles comme moi ? Est-ce qu’ils croient que je vais rester toute ma vie cachée chez eux ? Ils se rendent compte que “toute ma vie” ça peut couvrir une période vraiment très très longue ?!

Si tu veux mon avis, je crois qu'ils ne se sont jamais vraiment posé la question. Quand j’essaie d’en parler je rencontre parfois de la compassion mais jamais d’aide. Tu sais journal je crois qu’ils veulent juste me garder ici comme ils gardent les autres élèves, uniquement pour m’avoir à leur disposition dans leur réserve de possesseurs de pouvoirs. C'est ça la vérité à mon avis: ils ont peur de ne plus pouvoir garder tous les pouvoirs pour eux si on révèle à tout le monde qu’on existe. Tu trouves que je suis paranoïaque journal ? N’importe quoi ! Qu’est-ce que tu y connais en plus, tu es juste un journal ! Je te rappelle qu’ils ont déjà fait des expériences sur moi pour utiliser mon pouvoir, hein.
Eh bien tu sais quoi ? Moi j’en ai marre des secrets ! Déjà, j'ai commencé à parler aux autres élèves de ma véritable origine. Ça s’est mieux passé que je l’avais redouté. Et puis j’ai eu une idée journal, elle m’est venue à force de regarder la télévision. Eh oui, tu vois que la télévision ce n’est pas juste “un ramassis de stupidités qui vont me laver le cerveau” comme certains me disent ! Et je sais très bien que c'est ce que tu penses aussi. N’essaie pas de le nier, je te connais assez journal !

Je vais essayer de passer à la télévision. Comme ça je pourrai parler à tous de mon pouvoir, et le monde entier me verra ! Je leur raconterai tout depuis Aquilée jusqu'à Tsuki, je leur montrerai que je suis une fille qui ne grandit pas, et bien sûr je révélerai tout sur les horreurs de l’Agence et de Déviance. Comme ça tout le monde saura et ce sera bien fait !! Et puis peut-être que comme ça les gens pourront m’aider. Et alors, d'une façon ou d'une autre... j’espère qu’ils trouveront comment faire pour me ramener chez moi.

Tu verras, la télé c’est vraiment la meilleure invention du XXIème siècle !

J’ai envoyé ma candidature pour la télévision. J’espère que tout va bien se passer ! Souhaite-moi bonne chance !

[...]

Cher journal,

Ils ne m’ont pas répondu. J’ai essayé plusieurs fois, mais pour rien. J’ai réessayé avec d’autres télévisions mais personne ne me répond.

Je crois que personne ne me prend au sérieux. Ou que tout le monde s’en fiche en fait ! Je les trouve tous complètement nuls ! Puisque c’est comme ça je ne regarderai plus la télé, na ! C'est toi qui avais raison journal, la télé c'est pour les idiots.
Non, c’est tout le XXIème siècle qui est rempli d'idiots !

Je ne retournerai pas à Tsuki. J'ai appris plein de choses là-bas, mais maintenant je n’y apprends plus autant qu’avant. Je suis même plus ancienne que les professeurs, et j'en ai assez d'être traitée comme une enfant. Et je ne crois pas que le directeur y reviendra un jour alors je perds mon temps si je veux le retrouver. Tu vois, une autre idée m'obsède depuis longtemps. Je veux retourner en Italie ! Je veux revoir Aquilée et essayer de retrouver Valéria, et savoir si papa et maman sont...

[...]

Cher journal,

Le voyage en avion ce n'était vraiment, vraiment pas une bonne idée ! Je t'ai déjà dit que je détestais la voiture ? Eh bah là c'est encore pire ! J'ai été malade et terrifiée pendant tout le trajet, et une fois arrivée des gens m'ont empêchée de sortir. Visiblement une petite fille étrangère qui voyage toute seule et qui en plus est malade pendant tout le vol ça a attiré l'attention... étonnant non ?

C'est idiot ! J'ai été idiote ! A force de rester à Tsuki j'ai oublié d'être prudente. Je pensais que les gens me croiraient simplement quand je leur dirais mon véritable âge, mais au lieu de ça ils m'ont prise pour une menteuse et m'ont emmenée de force à la police. J'ai eu beau essayer de sourire, d'être gentille, ou au contraire de montrer que j’étais outrée, ils n’ont pas voulu croire que j’étais une adulte d'autant que je n'ai même pas de papiers pour le prouver. Je ne suis pas très rassurée, journal: je sais reconnaître les ennuis quand ils arrivent, et là s'en sont de gros !

Je ne peux pas leur dire que je viens de Tsuki, sinon ils risquent de me renvoyer là-bas avec quelques remous qui ne vont pas plaire. N'ayant personne en Italie à contacter, la seule adresse que je peux leur donner c'est... la maison de convalescence pédiatrique de Milan.
Maintenant j'attends qu'ils viennent m'identifier, et qu'on décide ce qu'on va faire de moi. Je ne sais pas trop à quoi m'attendre: je suis partie de chez eux il y a plusieurs années en leur mentant et en leur volant des affaires, et en plus de ça je reviens exactement comme je suis partie, sans avoir vieilli du tout.

Finalement, deux personnes sont venues de la clinique, une femme et un homme. Ce qui m'étonne c'est que je ne reconnais aucun des deux, alors comment est-ce qu’ils comptent m'identifier ?
Ils le font pourtant: ils m'appellent par mon prénom, me grondent d'avoir fugué, et présentent aux policiers de soi-disant papiers m'identifiant... Mais attends journal, c'est possible ça ?! Comment est-ce qu'ils ont... Je les entends, sans en revenir, expliquer que je suis une fille sujette à des démences, née en 2008 et très vite retirée à la garde de ses parents. Ils disent également que ce n'est pas ma première fugue et que... attends. Est-ce ça pourrait être ça, ma vraie histoire ? Est-ce que ça veut dire que tout était faux, que j'ai ... rêvé, ou inventé tout, et qu'en vérité j'habite bien à la clinique ? Ou que...

Non !
Ils mentent !!!
La vérité, c'est que j'ai dû être retrouvée par l'Agence, Déviance, ou je ne sais pas... mais ils ne m'auront pas !!
Ils mentent journal, ils mentent encore !!!

Je sais ce que je dois faire, alors je me montre docile et obéissante. Les deux adultes venus me chercher me font monter dans une grosse voiture ; l'homme prend le volant, et la femme s'installe à côté de moi en me parlant d'une voix douce. Elle cherche à m'apaiser, me dit d'avoir confiance.

Menteuse !

Je n'ai pas beaucoup de temps, je sais que je suis très vite malade en voiture. Je n'ai même pas besoin de jouer la comédie quand je lui demande un sac pour vomir. Et alors qu'elle se retourne pour en chercher un, je détache ma ceinture et me rue en avant, tirant sur le volant que tient le conducteur ! La voiture part brusquement sur le côté, secoue, tourne, je crie, et nous atterrissons sans le fossé !

Je crois que j'ai été inconsciente quelques instants. Je ne suis plus dans la voiture mais étalée dans l'herbe. J'ai du sang sur moi, mais juste un peu: je ne saigne jamais beaucoup de toute façon. Après quelques instants je me relève ; je sens bien que je ne suis pas blessé. Que je ne suis plus blessée.
La voiture n'est pas très loin, à demi retournée dans le fossé et toute abimée. L'homme et la femme sont là: ils n'ont pas été projetés eux, peut-être grâce à leurs ceintures. Je culpabilise un peu... j'espère que je ne les ai pas tués. Après tout ils n'ont pas été méchants avec moi. D'un autre côté, si ce sont des "Déviance" ou des "Agence" ils le méritent ! Et puis après tout ils ne seront plus morts le jour où je remonterai le temps pour rentrer chez moi !

Rapidement, je fouille dans la voiture jusqu'à ce que je retrouve le sac de la dame. J'hésite à le lui prendre parce qu'il est beaucoup plus joli que le mien (que j'ai eu pour juste quatre livres, mais que j'aime bien parce qu'il a de jolies dorures). Je pèse un moment le pour et le contre puis je le passe à mon épaule, et après un rapide coup d'oeil aux alentours je sors de la voiture et m'en vais le plus vite possible loin d'ici.
Mais non journal je ne suis pas revenue juste pour les dépouiller ! Je ne pensais même pas au sac au début. Mais à l'intérieur il y a mes faux papiers d'identité, ceux qu'ils ont utilisés pour faire croire aux personnes de la police qu'ils avaient le droit de m'emmener. Ces papiers représentent beaucoup pour moi: cette fois j'ai enfin une identité officielle, une vraie ! Et si j'attends encore quelques années ils me serviront de preuve comme quoi je suis bien une adulte qui ne vieillit pas !


♦♦♦♦



A quoi ressembles-tu ?

Cher journal,
Pourquoi je dois te parler de ça, d’abord ? Ce n’est pas comme si ça avait une quelconque importance pour un cahier comme toi, si ? Tu es juste mon journal !
Comment ? C’était mon idée de parler de ça ? Oh… bon. C’est vrai que tu n’as pas d’yeux après tout, alors il faut bien que tu puisses m’imaginer !

Apparemment j'ai l'air d'une fille gentille, gaie et souriante. Ce sont des compliments qui reviennent souvent en tout cas. C'est vrai que je souris beaucoup en général mais c'est normal: personne n'aime les gens grognons ! Et puis je vois bien l'effet que mes sourires ont sur les adultes.
D'ailleurs il paraît que je suis mignonne... oh non journal je t'arrête tout de suite: pas mignonne comme une jolie femme, mignonne comme une enfant. Ça fait une énorme différence crois-moi ! Mais bon, j'aime bien jouer sur les mots !

Parce que oui, on arrive à un point sensible. Pour faire simple, j'ai onze ans. L'année dernière aussi j'avais onze ans. Celle d'avant aussi, celle d'encore avant également, et il y a mille cinq cent ans j'avais déjà onze ans !
C'est à cause de mon pouvoir, tu vois ? Je ne grandis pas, ne vieillis pas, ne grossis pas, mais ne meurs pas non plus. Mais tu es trop curieux journal, tout ça je t'en reparlerai dans la partie dédiée à ça !

Je mesure 1m41. Ce n'est pas petit, enfin pas pour mon "âge", et ça me permet... permettait d'en imposer même aux garçons de mon âge ! Par contre je suis assez maigre, et ça non plus ça ne s'arrange pas.
J'ai la peau pâle, mais je n'ai pas peur des coups de soleil ! J’ai de grands yeux verts, et les cheveux brun sombre. D'ailleurs, je fais toujours attention à très bien me coiffer ! J'adore ça, et ça me rappelle toutes les fois où je le faisais quand j'étais à la maison ! Je me débrouille bien tu sais, je te montrerai à l'occasion. Bon, par contre j'ai remarqué que les gens au XXIème siècle ne se coiffaient plus du tout pareil. Les garçons surtout ont des cheveux vraiment moches ! Mais moi je m'en fiche: je suis prête à faire des concessions sur plein de trucs pour m’adapter à leur époque, mais certainement pas sur ça !!

Avant je portais toujours un chiton. Mon préféré c'était le jaune, mais mon plus joli c'était le bleu ciel que je gardais pour les grands jours. Depuis que je vis au XXIème siècle je porte plutôt des tenues de cette époque. Quand j'étais à Tsuki je m’habillais toujours avec l'uniforme de l'académie -d'ailleurs je crois que je faisais partie des rares élèves à le mettre vraiment tout le temps ; mais j'étais surement aussi une des seules aussi à ne presque pas avoir d'autres vêtements !-. Maintenant que je suis partie j'essaie autant que possible de m'habiller comme les autres adultes. Et même plus, pour compenser mon air jeune ! Je porte surtout des robes, des chaussures ou des bottines à talon. Je porte des vêtements longs parce que ça fait plus adulte, surtout sombre pour me donner l’air plus sérieuse (mais moi je préfère les couleurs joyeuses !), et plein de petits détails comme des bijoux, un sac, un foulard, qui me donnent un air un peu plus... bon, d'accord, peut-être pas adulte mais au moins plus mûre. Ce ne sont pas de vrais bijoux bien sûr, je te rappelle que je n'ai pas de sous, journal ! Ce sont des faux qui ne coûtent pas cher ou bien qu'on m'a donné.
D'ailleurs c'est aussi pour ça que je me maquille beaucoup, je suis sure que comme ça j’ai l’air un petit peu plus âgée. Eh non journal, ce n'est pas parce que je suis une "gothique" ! Je suis une Romaine, pas une Goth !

Est-ce que ça marche ? ... Sincèrement, je ne sais pas trop. Certains disent que oui, d'autres que j'ai juste l'air d'une fille de onze ans trop maquillée qui s'habille avec des vêtements de grande personne. Ils sont gentils mais j'aimerais bien les y voir, eux !! Tu sais, après tout, je crois que le plus important ce n'est pas d'espérer ressembler à une adulte, ça je n'y arriverai pas, mais au moins de simplement mettre le doute aux gens qui me voient.

Ah, je suis gauchère aussi. C'est important ! Je ne l'ai vraiment réalisé que très tard vu qu'avant on me faisait plus utiliser ma main droite, mais du coup je me sers assez bien de mes deux mains.




Quel genre de personne es-tu ?

Journal,
Tu es vraiment sûr de vouloir que je te parle de ça ? Tu sais à force de me lire tu vas commencer à me connaître je pense ! ... Et pourquoi ça ne serait pas à ton tour pour une fois ? Je pourrais par exemple dire que tu es à l'écoute, patient, et taciturne, et... très à l'écoute. En fait tu ne fais même pas grand chose à part écouter et mémoriser ce que je te raconte.

Tu sais, je ne sais pas trop qui je suis... qui est Appia réellement. J'essaie d'être la fille bien que les gens imaginent: d'avoir l'air gentille, calme, aimable, et bien élevée. C'est comme ça qu'on m'a appris à être. J'essaie aussi de rester patiente avec les gens, même avec ceux qui sont vraiment énervants. Ce n'est pas facile !! Je le fais parce que je suis croyante, même si apparemment on est plus obligés de l'être à cette époque. Bah, c'est eux que ça regarde si leur âme va en enfer ! Et puis je le fais aussi parce que je pense que les adultes ne doivent pas s'énerver, encore moins une adulte comme moi qui vis depuis très très longtemps. Ce sont les enfants qui font ça plutôt ! Ça ne veut pas dire que je me laisse marcher sur les pieds, mais simplement que si quelqu’un essaie il risque de t'en sortir avec une pique bien placée !
J'arrive aussi assez bien à mentir aux gens, surtout aux adultes c'est facile ! Après tout j'ai réussi à cacher mon véritable âge pendant longtemps ! Maintenant je préfère être honnête et le dire. Je n'ai pas encore trouvé la bonne manière de l'annoncer, mais j'aimerai bien qu'un jour il me suffise de dire "Je suis Appia Naevius Prisca" pour qu'on sache que j'ai plus que onze ans.

Des fois je trouve les choses vraiment frustrantes et pas justes ! Normalement la sagesse devrait venir avec l'âge, mais moi qui suis âgée je n'ai pas le sentiment d'être sage ! Je devrais l'être beaucoup plus que tout le monde pourtant ! Enfin je le suis quand même un petit peu je pense. Ou alors certaines personnes sont juste très bêtes. Tu en penses quoi journal ? Oh, tu peux me traiter de prétentieuse si tu veux ! De toute manière en général je n'impose pas mon avis, sauf si je le trouve vraiment important. Tu sais, j’ai remarqué que les gens n'aimaient pas trop quand une fille plus jeune qu'eux leur donnait tort. Du coup quand je critique je préfère juste tout te dire à toi, journal.

Sinon, mais c'est un secret hein, il y a deux choses qui me font vraiment peur: les araignées, et être enfermée. Dans les deux cas je ne me contrôle plus du tout: je crie et je deviens folle ! Je ne veux pas être enfermée à nouveau, plus jamais ! C'est pire que de mourir...
Des fois quand je me réveille je crois que je suis encore sous terre. J'ai l'impression de sentir la pierre froide contre moi, alors je crie, j'essaie de m'enfuir... souvent je passe une mauvaise journée après ça. C'est comme quand je repense à là où je vivais avant... j'ai envie de détester tout le monde, de m'en aller, de juste... juste rentrer chez moi.
Même en dehors de mes peurs, souvent je me sens perdue et pas à ma place… comme si je n’étais pas vraiment dans mon corps, que tout ce que je voyais n’était pas vraiment là, et que… que… Je n’arrive plus à réfléchir dans ces moments-là, j’ai juste très peur, et mal.

J'aime bien apprendre. Même si c'est souvent très très compliqué (et que ça me le paraît d'autant plus que ça a l'air tout naturel pour les gens de cette époque), j'adore découvrir de nouvelles choses, des trucs qui n'existaient pas chez moi surtout. J'aime beaucoup la télé, j'aime bien lire aussi, et dessiner un petit peu. J'aime bien essayer des vêtements mais je n'en achète pas souvent vu que je n'ai pas de sous. Je t'en ai déjà parlé je crois mais j'adore la coiffure ! Je m’intéresse beaucoup à l’histoire passée, aux découvertes, mais c’est plus de la curiosité qu’une passion. Enfin je crois ?

Par contre je n'aime pas trop les changements. J'aime bien quand chaque chose est à sa place et qu'elle y reste. C'est déjà bien assez compliqué comme ça de comprendre cette époque pour ne pas avoir à se compliquer la tâche !
Tu trouves que ça c'est une caractère de vieille ? Je ne suis pas vieille journal, je suis juste âgée ! Et puis zut, ce n'est pas un tas de papier qui va me critiquer !!


As-tu une capacité spéciale ?

Cher journal,
Tu avais hâte que je te parle de mon pouvoir, hein ? Non ? Bon, c'est vrai que si tu as lu mon histoire et mes autres descriptions tu dois déjà savoir de quoi il en retourne.

Avantages et ampleur : Déjà pour que tu comprennes, moi je n'appelle pas ça un pouvoir. C'est plutôt une maladie, ou une espèce de malédiction. Bon d'accord il a quand même des avantages. En gros mon corps est figé sous la forme qu'il a actuellement, c'est à dire qu'il n'évolue plus, ne vieillit plus et nécessite très peu de choses pour survivre: je n'ai presque plus besoin de manger ou de respirer, mon coeur bat très lentement, et j'ai rarement trop froid ou trop chaud. Même quand je suis blessée je ne saigne presque pas.

C'est parce que mon corps a cette drôle de capacité que je n'ai plus du tout vieilli depuis que j'ai onze ans, et que j'ai pu survivre malgré tout ce qui m'est arrivé. Je ne sais pas du tout si j'ai toujours eu cette capacité en moi ou si je l'ai obtenue à cause de la situation dans laquelle j'étais. Je ne sais pas... mais j'aimerai bien savoir un jour !

Inconvénients et limites : Je te vois venir journal, tu es en train de te réaliser que je suis immortelle, que c'est génial, que comme tu l'es aussi vu que tu es du papier on sera ensemble pour l'éternité et que... Eh bien non, ce n'est pas génial du tout ! Ne pas vieillir, ça n’a l’air d’être génial que pour ceux qui n'ont jamais essayé ! Je t'ai dit je ne vieillissais pas du tout, mais je t’ai aussi dit que j’avais l’air d’avoir onze ans, non ? Ça fait plus de quinze siècles que j'ai onze ans, et je crois bien que je suis condamnée à rester une enfant toute ma vie. D'après ce que j'ai compris de mes cours de sciences, c'est possible que ça ait des effets dans l'évolution de mon cerveau... Ça veut aussi dire que quels que soient mes efforts je ne peux pas me muscler, bronzer, me couper ou laisser pousser mes cheveux, et cætera,...

Pendant longtemps, vu que mon corps fonctionnait au ralenti aucune de mes blessures ne guérissait. Pour me soigner de la moindre petite coupure j'étais obligée de prendre des traitements spéciaux, et ça me gâchait vraiment la vie !! Maintenant ça a un peu changé.

Évolutions : Quoi que je puisse en dire, je pense que l'académie m'a quand même aidée pour ce qui concerne l’adaptation de ma particularité. J'ai fini par comprendre que mon corps n'était pas simplement figé, mais que même si je l'abimais il pouvait retourner à son état initial, comme une espèce de sauvegarde. D'ailleurs, même une grosse blessure ne m'empêche pas de continuer à vivre, comme si... j'étais juste un cadavre ou un fantôme, mais encore vivant.
Au début ma sauvegarde mettait du temps à faire effet, mais maintenant ça peut aller assez vite !


Derrière l'écran

Ton surnom : Anémone, mais Appia m’ira très bien =)
Ton anniversaire : 20 novembre
Une remarque ? : J'adore le chocolat. Non, non, j’adore le chocolat ≥ꙍ≤


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Re: Appia Naevius Prisca, l'Antique

Message par Marco Wakasa le Mar 5 Déc - 3:52




Bravo ! Tu es validé(e)

J'ADORE! Sérieux, cette fiche a été un plaisir, un délice à lire! Contexte historique fascinant, la scène dans la crypte qui m'a donné le goût de pleurer, suivre les aventures incroyables d'Appia racontées de manière réalistes. Sans Deus Ex Machina, sans hasards convénients, c'était juste parfait. Je suis fière de t'annoncer personnellement ta validation, j'ai tellement hâte de rp à nouveau avec Appia. Si tu veux des doubles-comptes un de ces jours, ça sera un plaisir de lire des nouvelles fiches aussi fascinantes ^^

Maintenant que tu es validé(e), tu peux commencer à RP. Je te propose également d'aller faire quelques recensements pour :
- ton logement
- ta famille
- ton avatar

Rien de bien sorcier en somme
Passe un bon moment parmi nous o/
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Re: Appia Naevius Prisca, l'Antique

Message par Appia Naevius Prisca le Mar 5 Déc - 7:41

Oh merci miss *_* Tu n'imagines pas a quel point ce que tu me dis me touche (et me rassure ^^). Je verrai à mon réveil pour toutes les formalités post inscription et pour qu'on se prévoie un rp
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Re: Appia Naevius Prisca, l'Antique

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